Un bref historique

Comment a-t-on lutté contre les biosalissures ?

Il y a plus de 2000 ans que l’homme a tenté de combattre les biosalissures ; il a cherché à s’en débarrasser ou tout simplement à en empêcher l’adhésion sur les bateaux, en développant des produits antisalissures de toute nature. De nombreux auteurs et revues en relatent l’historique: remontons dans le temps et découvrons-en les moments clés.

Dès l’Antiquité, les phéniciens et les carthaginois, habiles navigateurs commerçants, employaient des clous et des revêtements de cuivre, alors que le goudron, la cire et l’asphalte étaient employés par d’autres cultures anciennes. Quelques siècles plus tard, les Vikings utilisaient de la graisse de phoque. Plutarque (45-125 après J.-C.) rapporta la technique du raclage des coques pour enlever algues, animaux et autres saletés, afin de permettre aux navires une meilleure pénétration dans les eaux. En Chine, l’amiral Cheng Ho enduisait les coques de ses jonques avec de la glue mélangée à une huile empoisonnée. Au XIVe siècle fut relaté l’enveloppement des coques dans des peaux d’animaux. Pendant le règne du roi du Danemark Christian IV, une référence de 1618 spécifiait que seule la quille près de la bande molle était cuivrée ou recouverte de cuivre. Le premier dépôt de brevet par William Beale date de 1625 : il s’agissait d’un ciment avec de la poudre de fer et du sulfate de cuivre ou minerai de cuivre-arsenic. Il fallut attendre les travaux de Sir Humphrey Davy, au XVIIIe siècle, sur la corrosion du cuivre pour que soit expliqué le rôle de la dissolution de ce métal dans la prévention des salissures. Le développement des bateaux en fer au XVIIIe siècle entraîna une diminution de l’emploi des revêtements à base de cuivre : en effet, l’association fer-cuivre induit des phénomènes de corrosion galvanique ! S’en-suivit alors un regain d’intérêt pour imaginer de nouvelles compositions de produits antisalissures et le foisonnement de nombreuses tentatives : revêtements à base de zinc, plomb, nickel, arsenic, de fer galvanisé et antimoine, de zinc et étain, suivis par les revêtements de bois traités au cuivre. D’autres innovations, telles que le feutre bitumé, la toile, le caoutchouc, l’ébonite, le liège, le papier, le verre, l’émail et les tuiles avaient aussi été suggérées, et même un revêtement de bois par-dessus le métal !
C’est au milieu du XIXe siècle qu’apparurent les premières peintures antisalissures. Elles étaient basées sur la dispersion d’une substance capable de « tuer » les biosalissures – un biocide – dans des liants polymères. Il s’agissait d’oxydes de cuivre, de mercure ou d’arsenic, que l’on dispersait dans des liants tels que de l’huile de lin, du goudron ou encore des résines qui formaient la base de ces peintures.


Carénage d’un Brick Goëlette au Croisic : le carénage se fait par chauffage du revêtement de goudron.

Puis au cours des années 1950 émergea une nouvelle famille de biocides : les organoétains, dont un représentant bien connu est le tributylétain ou TBT. Ses propriétés antisalissures à large spectre furent démontrées par l’équipe du chercheur G. J. M. Van de Kerk, puis par celle de J. C. Montermoso. En 1964 fut déposé le premier brevet concernant l’utilisation de copolymères d’organoétain, et en 1974, celui de A. Milne et G. Hails décrivant le premier copolymère autopolissant (« self polishing copolymer ») à partir de sels de TBT révolutionne l’industrie des revêtements antisalissures. Ces revêtements s’avèreront rapidement d’une grande efficacité, éclipsant à l’époque le premier brevet (1977) de revêtements anti-adhérents sans biocide qui ont fait leur apparition à la même époque.

S’en est suivi l’interdiction du TBT suite au scandale sanitaire qu’il a causé.
Vous pouvez lire un article à ce sujet ici.

 


Sources:

  • Yebra D.M., Kiil S., Dam-Johansen K. (2004). Antifouling technology – past, present and future steps towards efficient and environmentally friendly antifouling coatings. Progress in Organic Coatings, 50 ; 75-104.
  • Propeller, (2002). Marine Coatings, International, Issue 14, August 2002, 15 p.
  • Almeida E., Diamantino T.C., de Sousa O. (2007). Marine paints : The particular case of antifouling paints Progress in Organic Coatings, 59(1) : 2-20.
  • La chimie à l’assaut des biosalissures de Françoise Quiniou et Chantal Compère.
  • Photo extraite de Ar Vag (1979).